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  • Hugo Martin

Nutri-score, peut-on s'y fier ?

Dernière mise à jour : 20 avr.


Connaissez-vous le Nutri-score ? Nouvel outil nutritionnel proposé par le Ministère de la Santé, cette petite réglette apparaît désormais sur les emballages de vos produits préférés. Mais est-ce réellement fiable ? #diet #healthyfood #nutriscore #santé






Avez vous déjà aperçu ce petit indicateur sur les emballages de vos produits préférés ? La classification Nutri-score est de plus en plus présente en France. Elle permet grâce à une lecture simple et rapide d'avoir une idée de la qualité nutritionnelle du produit que vous tenez dans vos mains en lui attribuant une note entre A et E (A étant un produit de très bonne qualité nutritionnelle).



Ce logo a été conçu, à la demande de la Direction générale de la Santé, en s'appuyant sur les travaux du Pr. Hercberg (président du Programme National Nutrition Santé, PNNS) et sur les expertises de l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) et du Haut Conseil de Santé Publique.



Vous l'aurez compris, le Nutri-score a été conçu par les têtes pensantes de la Santé en France et il est réellement plein de promesses ! Cependant que nous apprend-t-il vraiment ? Pouvons nous faire nos courses en nous fiant uniquement à lui ?





 




Le Nutri-score, comment ça marche ?





Tout d'abord, la notation d'un produit est demandé par une entreprise auprès de la "marque" Nutri-score qui va alors l'évaluer selon certains critères et lui attribuer une note. Cette "marque" est détenue non pas par une entreprise privée mais par Santé Publique France (autrement dit par le ministère de la Santé) et elle est attribuée sans compensation financière.



Ces deux points sont synonymes de fiabilité car la notation d'un produit ne peut du coup pas être acheté. En d'autres termes, il ne peut pas être utilisé par les industriels pour manipuler les consommateurs, comme beaucoup de logo commerciaux de nos jours (ex : le sigle "saveur de l'année" est apposé sur un produit de l'entreprise A qui a payé l'entreprise B, détentrice du sigle, afin que sont produit soit jugé. Jugement évidemment biaisé puisque il y a un intérêt financier. Si l'entreprise B refuse d'apposer le sigle, elle n'est pas payée).



Comme son nom l'indique, le Nutri-score est un score nutritionnel. Il est donc calculé sur la base des informations nutritionnelles présentes sur chaque produit alimentaire de manière obligatoire depuis fin 2016 et est complémentaire à celles-ci. Exemple :





Ce score est déterminé de manière fiable par la quantité de nutriments à favoriser et à limiter par rapport à notre santé (calcul exact sur le site de Santé Publique France) et prend en compte :


  • Points négatifs : énergie, acides gras saturés, sucre, sel ;


  • Points positifs : proportion de fruits, de légumes et de noix, fibres, protéines.




Le Nutri-score concerne tout les produits transformés sauf les herbes aromatiques, les thés, les cafés et les levures, ainsi que toutes les boissons sauf les boissons alcoolisées. Donc pas de produits bruts (viande, œuf, poisson, fruits, légumes, ...) qui sont déjà considérés comme sains.



Attention cependant, il a été créé dans le but de comparer entre eux les produits d'une même gamme alimentaire, qui peuvent donc se substituer les uns aux autres dans votre alimentation. Autrement dit, il compare des produits que vous utilisez de la même façon.



C'est ce qui explique que vous trouverez des sodas notés B et des huiles végétales notées E, n'essayez pas de les comparer ça ne marcherait pas car ce n'est pas la logique de cette notation ! Les concepteurs considèrent qu'il ne sert à rien, par exemple, de comparer les apports nutritionnels du Coca et de l'huile d'olive que vous ne consommez pas de manière identique. Et c'est là une des premières limites de cette notation, la plupart des consommateurs ne connaissant pas ce détail, impossible pour eux de faire un choix éclairé lors de leurs achats.



Pour faire simple, le but de cette notation est de permettre aux consommateurs de faire plus rapidement ce que tout le monde devrait faire pour acheter des produits de bonne qualité nutritionnelle : lire et comparer les informations au dos du paquet ! Seulement voilà, le problème est qu'elle ne prend en compte que la partie nutritionnelle de ces informations (le tableau).




 




Et le reste des informations alors ?





Le reste ? Eh bien malheureusement le Nutri-score ne prends pas en compte la liste des ingrédients du produit, ni la qualité de ceux-ci. Est-ce réellement important ? Oui, évidemment !



Les additifs alimentaires


Colorant alimentaire, édulcorant, texturant, épaississant, exhausteur de goût, gélifiant, ... Pas loin de 100 additifs alimentaires différents sont controversés sur plus de 300 présents dans nos assiettes. Leur impact sur notre santé est encore aujourd'hui source de questionnements et les concepteurs du Nutri-score ne se sont pas mouillés afin de garantir la "fiabilité" de leur projet. Ils ne les ont donc tout simplement pas pris en compte dans leur méthode de calculs.




Exemple : Vous trouvez en magasin des sodas light noté B au Nutri-Score puisque, d'un point de vue nutritionnel, ces boissons n'apportent rien d'autres qu'un minimum de calories, voire aucune.

Et pourtant, dans leur longue liste d'ingrédients vous n'en trouverez qu'un seul qui ne soit pas un additif alimentaire (eau gazéifiée). Certains faisant parfois parti des fameux additifs controversés.

Donc si vous faites aveuglément confiance en cet outil, vous risquez de mettre ces produits dans votre panier sans vous alarmer.



Pour rester sur le sujet des boissons "light", sachez que de récentes études ont prouvé que consommer fréquemment des édulcorants (additifs alimentaires remplaçant le goût du sucre dans ces boissons) augmenterait le risque de diabète. Ces produits chimiques sont aussi possiblement cancérigènes. De quoi y réfléchir à deux fois avant d'en consommer.




 



Bonnes graisses, vitamines et minéraux


Autre bémol du Nutri-score, son calcul n'intègre pas l'apport de vitamines et de minéraux, et, pour les matières grasses, ne regarde que la quantité d'acides gras saturés sans prendre en compte les acides gras mono- et poly-insaturés (omégas 3,6,9) pourtant indispensable à notre santé.



Ces données pourraient pourtant faire pencher la balance pour certains produits comme les huiles végétales, notées de C à E puisque composées à 100% de matière grasse, malgré le fait que certaines d'entre elles, riches en oméga 3 et en vitamines, sont excellentes pour la santé.




 



La méthode de préparation de l'aliment



Aussi, le Nutri-score note le produit dans l'état dans lequel il vous est vendu. Rien de plus normal me direz-vous, mais concrètement, je ne pense pas que vous allez manger vos frites encore surgelées. Le fabricant vous propose d'ailleurs sur l'emballage certaines manières de les préparer, dans une friteuse ou dans une poêle avec de l'huile par exemple ou au four sans ajout de matière grasse.



Le résultat ne correspondra donc pas forcément au calcul du Nutri-score initial et pourtant ces procédés de cuisson sont nécessaires à la consommation de vos aliments. Un paquet de frites surgelées pourra donc être noté B alors qu'après cuisson, on pourrait lui attribuer la note D ou E. Malheureusement, les concepteurs n'ont pas eu le choix puisque chacun prépare ses aliments à sa façon et que les résultats peuvent varier pour un même produit de départ. Mais c'est très trompeur pour le consommateur !




 



Sans oublier ce qui n'est pas écrit sur les emballages




Le problème de l'ultra-transformation



Comme vous le savez peut-être, nos chers industriels ont toujours pour habitude d'augmenter les prix de leurs produits tout en réduisant les coûts de production au maximum avec de nouvelles recettes et de nouveaux procédés de production dans le but, évidemment, de gagner toujours plus d'argent.



Pour ce qui est des ingrédients "low-cost", la loi les oblige désormais à tous les noter sur l'emballage. En revanche, on parle très peu des procédés de transformation de l'industrie agro-alimentaire. Les industriels préfèrent éviter le sujet car beaucoup de ces procédés modifient la nature moléculaire des aliments, ce qui peut devenir dangereux pour la santé.






Ces procédés sont parfois tellement brutaux qu'on se retrouve avec des amalgames chimiques inertes dans nos assiettes, qui ne sont là que pour satisfaire nos papilles et n'apportent à notre organisme plus rien de bon. La quasi-totalité d'entre eux engendrent donc des pertes de qualités nutritives et une bonne partie sont même nocifs pour la santé. On appelle cela l'ultra-transformation.



Une fois encore le Nutri-score n'inclut pas cette donnée dans ses calculs. Ce qui est bien dommage puisqu'il existe au niveau international la classification Nova, classification scientifique non adaptée au consommateur mais qui contre-balance cette faiblesse et qui aurait pu être prise en compte et adaptée au consommateur par la même occasion.



 



Et l'écologie alors ?



Malheureusement, le Nutri-score ne prend pas en compte non plus si un produit s'est vu gratifié d'une reconnaissance en matière d'écologie (label Bio, Ecocert, Demeter, Nature&Progrès, ...) et c'est bien dommage car nous tenons à notre santé, mais aussi à notre planète ! Les données étant trop nombreuses, pas toujours sûres et très variables, ceux qui l'ont conçu ne pouvaient assurer la fiabilité de leur outil en les intégrant, ce qui est très compréhensible. C'est donc à vous d'être alerte et exigeant sur ce point.




Vous avez aussi la possibilité d'acheter vos produits directement chez un producteur (et non un revendeur, attention !) ce qui vous garanti un produit local, et de plus en plus de producteurs vous vendent des produits n'ayant pas subis de traitement, il suffit de demander au vôtre si c'est son cas !


 



En bref !



Le Nutri-score est un très bon concept, facile d'utilisation, à la portée de tous et pouvant avoir un réel impact sur la consommation de chacun ainsi que sur l'évolution de la qualité nutritionnelle des produits proposés dans les grandes surfaces.



Malheureusement, son utilisation actuelle n'est pas assez intuitive et rend sa lecture et sa compréhension beaucoup trop floues, ce qui explique que beaucoup de personnes le dénigrent.


L'outil n'est pas complet contrairement à ce que peuvent proposer certaines applications de nos jours (Yuka, Siga, ...) et la logique dans la laquelle il a été créé est trop complexe pour une lecture simple et rapide.



Cependant, il présente l'avantage d'être très visible, ce qui lui donne un potentiel très intéressant si sa logique de lecture est amélioré et si il devient obligatoire sur tout les emballages. Ses débuts permettent tout de même déjà une légère amélioration car les produits mal notés sont moins vendus. On peut donc espérer améliorer les habitudes alimentaires de tout le monde avec le temps, même de ceux qui ne s'intéressent pas à leur santé.



Le concept est à améliorer, certes, mais mérite d'être défendu pour son potentiel. Parmi ceux qui ne le comprennent pas, on trouve certains politiciens européens qui jouent le jeu de l'industrie agroalimentaire en empêchant de rendre le Nutri-score obligatoire, et qui pensent bien faire puisqu'ils ne voient pas les possibilités d'un tel outil et ne constatent que ses défauts.



Une pétition tourne actuellement pour rendre obligatoire le Nutri-score auprès des industriels afin qu'ils soient tous obligés de révéler la vraie qualité nutritionnelle de leurs produits.



Si votre santé et celle de tous les consommateurs vous préoccupe un tant soit peu, vous pouvez la signer ici





 


Nova et Siga, d'autres classifications très intéressantes



Le Nutri-score n'est pas la classification pionnière, la toute première mise en place fût Nova, créée pour la recherche en 2010 au Brésil et adoptée depuis par la communauté scientifique du monde entier. Cette classification n'est cependant pas adaptée aux consommateurs et autres acteurs du secteur alimentaire.





Depuis peu, une autre classification a été créée dans le but de prendre en compte un éventail plus large de facteurs santé entrant en jeu lors de la consommation de produits alimentaires, il s'agit de Siga.



Les objectifs de Siga sont de permettre aux consommateurs de savoir quel impact le produit qu'ils ont acheté aura sur leur santé et ce grâce à une lecture simple et rapide. Le but est aussi de permettre aux industriels d'améliorer la qualité de leurs produits et de récompenser ceux qui font des efforts. Mais pour en savoir plus sur tout ça, il vous faudra patienter pour un prochain article !